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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 09:55

Pietra ou petraquadrata « Magnétite » Fe Fe2 O4 CUBIQUE


Mine abandonnée

 

Commune de Farinole, département de Haute-Corse (2B), mines de fer (magnétite), (1845 1856).

Type: Filon de serpentine 

(1) gisement d’Olmeta di Capu Corsu (Filon de Ferlaggio)

(2) gisement de Farinole (Filons de Castelluccio et a ferrera)

Minéralisation: Fe,   

 

Situation géographique et localisation :

 

 

Accès: (Cf. Carte Cap Corse)

On accède à l’ancienne mine de Farinole a partir de Saint Florent (10 km), et de Bastia (25 km), à la sortie de Patrimonio, prendre la route nationale de Nonza a Centuri. A l’ambada, tourner à droite, vers Farinole - Braccolaccia l’ancienne mine de fer se trouve sur le versant Sud de Monte Pruno et près du ravin San Ghiacinto, pour y parvenir il faut prendre le sentier qui part du lavoir de Braccolaccia en direction du Nord-Ouest pour arriver au niveau d’une ligne électrique, puis remonter en suivant le long de la crête jusqu’a la falaise ou se trouve en contre bas les déblais de la mine  et quelques galeries encore accessibles « environ ¾ heures de marche ».

Carte IGN 1/25000ème, Cap Corse 4347 OT.

Carte géologique 1/50 000
-  Lieu-dit : Ferlaggio, (versant Olmeta di Capu Corsu).
-  Lieux dits : Castelluccio, a Ferrera (versant Farinole)


Un petit aperçu historique :

 

 

La première évocation concernant la mine de Farinole apparaît dans un ouvrage rédigé au 16ème siècle par Monseigneur Agostino Giustiniani.

Les mines sont alors exploitées et semblent réputées pour la qualité de leur minerai. La documentation écrite devient importante dès le début du 17ème siècle.

De nombreuses personnalités Génoise à tour de rôle on acquit, exploité et abandonnée la mine pendant deux siècles. Il s'ensuit une longue période où Gênes semble se désintéresser de la mine, il faudra attendre la fin du 18ème siècle pour retrouver de nouvelles mentions de celle-ci, notamment dans le plan Terrier: la mine de Farinole est abandonnée.

Vers la fin du 18ème siècle, un négociant de Bastia, fait rétablir l'ancienne forge de Rutali, approvisionnée par le minerai de Farinole et d'Olmeta du Cap Corse. L'entreprise est également de courte durée. En 1802, deux autres personnes résidant dans la région de Bastia veulent exploiter les mines de fer de Farinole et d'Olmeta. Ils envisagent d'employer des étrangers, mais l’entreprise ne dure que très peu de temps.

Le 15 décembre 1827, un ajaccien, demande alors l’attribution d’une concession des mines de Farinole et d'Olmeta du Cap Corse.

En 1839, une même démarche est faite par une société du continent la Société "Bertodano-Parsent et Cie" est créée le 29 avril 1840. Elle devient, en 1844, la société Bertodano-Lauthier et Cie. Elle est dissoute le 7 janvier 1847. Le 27 juin 1849, Philippe-Guillaume Regnacq, déjà associé de Bertodano, reprend la concession des mines de Farinole et d'Olmeta, après avoir fondé une société d'exploitation avec Benigni.

En 1871, la Compagnie Marine projette d'exploiter les mines de Farinole. A cette fin, le maître de forge et directeur de l'usine de Toga, De La Rochette, visite le site. Des essais de réduction sont réalisés dans les hauts-fourneaux de Toga, mais le rapport établi par De La Rochette conclu à un coût d'exploitation trop important de la mine, la société se retourne sur la mine de Saint Léon en Sardaigne. Entre septembre 1903 et décembre 1904, Maître Mingalon amodiait la concession à Maître Cromarias qui, avec l'aide d'un groupe de financiers nommé "Syndicat des mines d'Olmeta", fait effectuer des travaux de recherche entre septembre 1903 et décembre 1904. En 1910 et 1911 un regain d'intérêt motive des rapports de terrain de l'ingénieur des mines Matthieu. Enfin, entre 1926 et 1929, divers ingénieurs s'intéressent à la mine de Farinole, mais aucune suite n'est donnée à l'exploitation.

 
Description des travaux:

 

Les travaux de la mine de Farinole ont été entrepris à partir de lentilles de magnétite, intercalées dans les serpentines laminées et correspondants parfois avec la formation. Ces serpentines forment des massifs importants dans cette région du Cap Corse, d’ailleurs, c'est dans l'un d'eux ou se trouve l’ancienne carrière d'amiante de Canari. Concernant Farinole, de nombreux sites d'extractions ont été repérés sur le terrain. Les travaux essentiels sont établis sur les deux versants du Piano di Fiume aux lieux-dits Ferlaggio et Castelluccio.

 

a)   Travaux versant Nord dit « coté Olmeta di Capu Corsu » au lieu dit Ferlaggio

 

Sur les escarpements du monte Pruno, rive droite du Piano di Fiume, un peu plus bas que San Jacintu, près du ravin il existe trois fouilles. D’après un rapport minier datant de l’année 1910 on a la côte 260, un gradin sur lequel s’amorce une descenderie de trente mètres de longueur environ, soutenue à son entrée par un pilier, une galerie de roulage où l'on observe toujours en place les traverses des rails des chiens de mine, d'un puits vertical avec un treuil à bras à sa tête, dirigé Nord/Ouest–Sud/Est, fait pour reconnaitre un banc de minerai interstratifié de 10 à 30 cm de puissance et à pendage 30° Nord. Une seconde galerie, en contrebas. On retrouve sur place un treuil à bras, des fragments de rails métalliques et de leurs traverses en bois. Devant les entrées des galeries, sur le carreau de mine, il existe toujours un bâtiment rectangulaire en pierre jointe à la glaise de 8,55 mètres de long pour 5 mètres de large. Celui-ci, à état de ruine, mais toujours en élévation, comprenait deux pièces séparées par une cloison et plusieurs ouvertures (fenêtres et portes). En contrebas, au Nord, un bâtiment de faibles dimensions (3,40 m. par 2,70) constitué de murs épais et recouvert de tuileau était vraisemblablement une poudrière.

Au pied du mont San Jacintu, à la côte 350, un puits carré avec des déblais minéralisés.


A la côte 430, une excavation de 12 mètres de longueur et de 6 mètres largeur, dirigée Nord-Nord/Est et ayant suivi a l’entrée une lentille de minerai à pendage 45° Nord-Nord/Est (la serpentine ayant le même pendage) et d’une puissance de 20 à 25 centimètres.

  

b)   Travaux versant Sud dit « coté de Farinole » aux lieux dits Castelluccio et a ferrera

 

         Les vestiges de la mine se limitent à un petit bâtiment d'une superficie de 12 mètres carrés constitués d'un mur de pierre liée à l'argile, d'une galerie de 12 mètres de longueur et d'un four de grillage, exemple unique en Corse dans cet état de conservation: il s'agit d'une structure circulaire en forme de cône renversé et en élévation, implantée à flanc de colline, qui comprend une surface intérieure au sol d'environ 1,5 m. de diamètre. Ce sont les ouvrages les plus importants entrepris sur la concession. Ils comprennent essentiellement une descenderie et deux travers-bancs s’ouvrant à trois niveaux différents sur la rive gauche du Piano di Fiume à l’Ouest du point côté 766.

La descenderie s'ouvre à 320 mètres d'altitude, près d'une maison en ruine, et à une cinquantaine de mètres de long, elle suit la formation minéralisée dans les serpentines laminées qui ont un pendage de 20° dirigé au Sud-Sud/Ouest.

Sur le parement Est de la descenderie, il a été observé par les géologues que la couche minéralisée n'était pas unique, il y a au moins deux niveaux. On peut distinguer en effet de bas en haut, une serpentine laminée, puis la couche de magnétite pratiquement pure d’une trentaine de centimètres, une passée de 20 centimètres de serpentine, puis une autre couche de 10 centimètres de magnétite, enfin à nouveau la serpentine. La serpentine encaissante contient d'ailleurs elle aussi de la magnétite, dans une proportion très variable, et de l'ilménite.

Assez large à son orifice, environ 9 mètres, celle-ci se réduit considérablement au bout d’une trentaine de mètres, et prend les dimensions d'une galerie normale.

 


Cette dernière partie est complètement noyée, c’est aussi le cas d’une galerie dont la longueur n’excède pas plus de 20 mètres, percée à partir de la descenderie et débutant par un petit puits.

Le puits date du 19ème siècle, il fut foré dans le but de reconnaître en profondeur le filon de magnétite. Il est aujourd’hui comblé par des déblais, peu abondants, et dépourvus de magnétite. 

Elle aurait été tracée au mur de la minéralisation et on aurait constaté, par des sondages au toit, une puissance exploitable de un mètre.

Le travers-banc n°1 a été foré à la cote 307, débutant par une tranchée, il se poursuit par une galerie de roulage d'une quarantaine de mètres qui relie le travers-banc et la descenderie. Le minerai aurait été localisé seulement aux deux extrémités de la galerie.

Le travers-banc n°2 s'ouvrant quelques mètres plus bas, a une cinquantaine de mètres environ de l'entrée de la descenderie, a sans doute été tracé afin d’examiner la couche minéralisée à ce niveau, une vingtaine de mètres seulement ont été réalisés pour essayer d’atteindre le minerai, mais il ne fut jamais reconnu et les travaux abandonnées depuis des décennies.

Récemment comme c’est la mode actuellement l’état voudrait faire foudroyer toutes les anciennes mines, certaines ont un caractère archéologique, et une préservation en tant que patrimoine historique serait nécessaire, des associations de défense se mobilisent ça et là a travers le pays pour éviter cette destruction stupide.

 

Tout dernièrement une visite du site a été établi en voici la conclusion :

 

Compte-rendu de Visite du 9/11/2008


Comme suite à la demande de Jean-Marie LEGA, Président de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine de Farinole, une visite de la Mine de Fer de Farinole a été effectuée le 9 novembre 2008.

 

 « Le site minier comporte trois galeries ou excavations dont deux principales (les deux premières qui sont joignables par le sentier principal).

 - Ouvrage n°1 : Galerie 1

Galerie ouverte de section 2,5 x 2,0 m se réduisant ensuite à quelques mètres de l’entrée, à 2,0 x 1,5 m sur une longueur de 40 m environ, dans une roche métamorphique saine et compacte, sans aucun éboulis et d’une tenue parfaite. Aucun boisage n’a été nécessaire durant la réalisation de l’ouvrage. Cette galerie rejoint la galerie G2 et de ce fait est parfaitement ventilée. La dangerosité est nulle. Même à l’entrée, le surplomb n’est pas très important (à l’inverse de l’ouvrage suivant, la galerie G2), et ne présente pas un risque majeur.
- Ouvrage n°2 : Galerie 2

Cette galerie dont il faudrait plutôt parler de chambre de dépilage (en réalité une vaste grotte de 4 à 5 m de hauteur, de 20 à 25 m de largeur en surface et de 25 à 30 m de profondeur descendant en pente douce et communiquant avec la galerie G1) est située à quelques dizaines de mètres au nord de G1, avec un  accès facile par le sentier. La communication entre les deux galeries a été obturée au bas de la descente par un mur de pierres réalisé, après l’abandon de l’exploitation, vraisemblablement par des bergers qui venaient mettre à l’abri leurs chèvres ou brebis à l’intérieur de la grotte.

Cette galerie est l’entrée principale de la mine. La chambre dont un pilier central a été conservé pour renforcer l’édifice, a été réalisée dans une roche saine et parfaitement compacte. Aucun effondrement n’est à signaler sur la voûte ainsi que sur les parements. Comme pour la galerie G1 aucun boisage n’a été nécessaire. La dangerosité est très faible et pratiquement inexistante à l’intérieur.

Le seul point important est le surplomb à l’entrée de la chambre qui se trouve à plusieurs mètres de hauteur et qui peut comporter un risque d’éboulement comme tout surplomb de falaise. C’est le seul point qui pourrait être sécurisé.

A signaler à proximité de l’entrée de la chambre, une ancienne maison en ruine (pas de toit, seuls les murs sont conservés) qui servait à abriter les mineurs durant les travaux d’exploitation.

- Ouvrage n°3 : Galerie 3

Cette galerie est située en contrebas de la galerie G1, ne présente aucun intérêt et n’a pas de dangerosité particulière. Elle peut éventuellement être obturée.

- Conclusion

La Mine de Fer de Farinole (gisement de magnétite dans des roches métamorphiques de couleur verte avec une grande variété de serpentine) présente un intérêt indiscutable est fait partie du patrimoine local dans un cadre grandiose avec un vue magnifique sur le golfe de St Florent ainsi que sur le village de Farinole, sa tour et sa plage.

Aucune dangerosité n’est à signaler à l’intérieur des galeries durant les travaux miniers, la roche compacte étant d’une tenue parfaite. Aucun ouvrage de soutènement n’a été nécessaire durant toute l’exploitation. La ventilation à l’intérieur des galeries est assurée en permanence. Le seul point à traiter est le surplomb au dessus de la chambre de dépilage de la galerie G2 qui est à sécuriser pour éviter toutes chutes de pierres. Le plus simple et le moins coûteux serait de clôturer le pourtour de la grotte et de ne laisser qu’une ouverture sur le côté, à droite en regardant la chambre, le long du parement de faible hauteur et sans risque d’éboulement, afin de permettre l’accès.

 

Un géologue originaire du village de Farinole a fait un autre constat sur le soit disant danger de cette mine pour la population, en voici le rapport :  

 

Suite à cette visite je me permettrai quelques commentaires.


Ingénieur Géologue, j’ai fait toute ma carrière au Commissariat à l’Energie Atomique, notamment au GAM (Groupement Afrique Madagascar), à la COGEMA (Compagnie Générale des Matières Nucléaires) au Département des Recherches Minières de la Branche Uranium, ainsi que dans les filiales au Niger (SOMAIR), aux USA (FRAMCO-FROMINCO), ainsi qu’en Australie (AFMECO). J’ai eu l’occasion de participer à la recherche et à l’exploitation de gisements d’uranium et d’or que ce soit au Portugal, en Amérique du Nord (USA) en Amérique du Sud (Guyane, Colombie, Equateur, Brésil, Argentine), en Afrique (Niger, Gabon, RCA, Sénégal, Mali, Zaïre (actuellement RDC), Zambie, Zimbabwe…) et en Australie. Je peux vous assurer qu’une exploitation (petite) comme celle de Farinole est assez exceptionnelle pour la tenue des différentes galeries ou des chambres de dépilage. Aucun soutènement n’a été nécessaire durant l’exploitation et après son arrêt. On ne note aucun effondrement, la roche étant saine et compacte.
Je connais cette mine depuis plus de soixante ans, car gamin je venais explorer la mine et ses galeries et je n’ai jamais constaté le moindre éboulement que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. J’ai du venir plus d’une dizaine de fois sur le site, faisant visiter l’exploitation à des amis, géologues ou non. Au fil des ans, la Mine de Farinole a gardé le même aspect et a parfaitement vieilli.

J’ai lu avec intérêt le CR de l’audit réalisé par GEODERIS après la visite du site, le 26/09/2003. La lecture de cette Fiche me laisse assez perplexe sur les capacités techniques de la personne qui a réalisé ce type d’expertise. Tout d’abord les coordonnées de la mine sont fausses. Selon ces coordonnées, l’exploitation serait au milieu du hameau de Bracolaccia…La latitude est à corriger : 4274,510 au lieu de 4273,510 pour l’ouvrage n°1 (galerie G1) et de même pour les ouvrages n°2, n°3 (galeries G2 et G3) et l’ouvrage n°4. Les altitudes également sont à revoir (mais d’une importance moindre), 305 m pour G1, 320 m pour G2 et 285 m pour G3. Les photos également ne correspondent pas aux sites : la galerie G1 n’a pas de boisage à l’entrée. Ces photos représentent plutôt la galerie G3. Quant au diagnostic concernant les travaux miniers, il laisse rêveur…D’après l’expert, tous les travaux miniers ont une forte dangerosité…Je voudrais savoir si cette personne de GEODERIS a déjà visité des exploitations minières et a une quelconque connaissance des travaux sous terrains. Car une roche métamorphique aussi compacte et d’une telle tenue, comme celle contenant la magnétite est tout à fait remarquable. Il n’existe aucune dangerosité à l’intérieur des galeries. Le seul point signalé dans mon compte rendu est le risque d’éboulement au- dessus de l’entrée de la grotte de l’ouvrage n°2 (Galerie G2). Vous êtes dans la même situation de dangerosité lorsque vous vous déplacez au pied d’une falaise ou d’un affleurement avec surplomb. C’est le seul point dangereux relevé dans mon expertise et qu’il faudra traiter de la façon la plus simple et la moins onéreuse, soit une clôture en grillage avec des piquets à la verticale du surplomb rocheux. Je suis effaré par les travaux préconisés par GEODERIS, à savoir l’obturation des galeries par des murs en béton d’un mètre d’épaisseur…
Je propose, afin de clarifier la situation concernant l’audit du site minier, d’organiser une visite conjointe avec un représentant de GEODERIS et de voir ce qui est raisonnable d’envisager pour la sécurisation de ce site renfermant une magnifique magnétite et qui présente pour les habitants de Farinole et tous les visiteurs potentiels un intérêt géologique et archéologique certain.



Je reste à la disposition de la DRIRE de Corse pour tous renseignements complémentaires sur le site minier et sur moi-même (cf. la fiche de renseignements ci-après).


Jean-Pierre POGGI - Ingénieur Géologue retraité

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commentaires

Christian PRAT 11/10/2015 11:08

J'espère que vous avez pu sauvegarder durablement ce patrimoine minier que l'ancienne DRIRE menaçait de faire sauter.

Christian PRAT
pour Terre & Nature