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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 12:39

Le site d'exploitation est situé sur les communes de Canari et d'Ogliastro sur la côte Ouest du Cap Corse, localisée à peu près à mi-chemin entre Albo et Canari, à 16,5 km environ au nord de Nonza et au bord du golfe de St Florent.
On accède à l’ancienne carrière de Canari par la RD 80 qui fait le tour du Cap Corse.
Pour visiter les carrières, juste après le village d’Albo, il faut au contraire emprunter une piste en très mauvais état et qui s’embranche à droite en direction de la zone d’exploitation. Elle s'élève en lacets au-dessus de la RD 80, et permet d'accéder à l'ancienne poudrière et aux gradins supérieurs de l'exploitation. Un panorama grandiose apparaît en s’élevant vers le haut de la carrière.
La carrière d'amiante et une usine de préparation de produit minéral (chrysotile), (1927-1965) se trouvent sur le département de Haute-Corse (2B).

 

Aperçu historique :

L'utilisation de l'amiante est archaïque en Corse, comme en témoignent les nombreuses poteries, et ustensiles de cuisson que l’on peut observer dans certains Musées de Corse, et des tessons à base d'amiante retrouvés dans des fouilles archéologiques du bas Moyen Age. La mise en valeur industrielle de cette substance est sera active au milieu du 19ème siècle. Un article intitulé "Une excursion à la montagne d'amiante en Corse" rédigé par l'ingénieur Hippolyte Ferry et publié dans le Journal des mines en 1878. A la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, les prospections dans toute la Corse schisteuse se multiplient et de nombreuses carrières sont mises en activité. Au début du 20ème siècle, une étude faite par le minéralogiste Orcel détaille quelques sites d'exploitation en Corse. Concernant le site de Canari, c'est en 1898 qu’un forgeron à Canari, découvre un filon d'amiante qui parait assez important. Pendant plusieurs années il fait du "troc" avec de nombreuses personnes pour obtenir du charbon de forge. En 1925, le géologue Henri Eggenberger, mandaté par la société française Eternit « pour étudier les gisements insulaires », Il prospecte de nombreux sites, mais c'est le gisement de Canari qui attire son attention. Il sollicite l'autorisation d'extraire des roches sur les communes de Nonza et d'Olmeta, afin de « déterminer la qualité et la zone ou pourrait s’installer l'exploitation ». Ce n'est qu'après de nombreuses analyses dans les laboratoires continentaux et après des études comparées avec les fibres de divers gisements mondiaux, dont ceux du Canada, que l'exploitation de la carrière passera du stade artisanal à une échelle industrielle. Les premiers essais débutent en 1927 avec la construction d'une petite usine pilote (employant 30 personnes) qui produit 146 tonnes d'amiante en 1929. L'atelier est arrêté en octobre 1930. Malgré l'arrêt, la société Eternit se réserve, auprès de la municipalité, la concession du gisement de Canari.
Au moment de la déclaration de guerre la société Eternit reprend l'exploitation et construit une seconde usine pilote en 1941. Pendant l’occupation Italienne en 1943 l’ activité continue, celle-ci sera alors exploitée par l’armée transalpine jusqu'en septembre 1943, date de la libération de la Corse. En 1945 la Société Minière de l'Amiante est constituée par quelques-unes des principales sociétés consommatrices d'amiante. Cette initiative allait permettre au pays de s'affranchir d'une partie de ses besoins importés du Canada.
  Grenat Grossulaire var. Uvarovite (grossulaire chromifère)

On estimait en 1949 les besoins français en amiante à 30 000 tonnes par an, avec des perspectives croissantes. L'usine de Canari devait permettre de couvrir 20 % de ces besoins et près de 50% après son installation complète. En 1954, un peu plus d'un million et demi de tonnes d'amiantes sont extraits dans le monde, dont plus de 900 000 tonnes par le Canada, 500000 à part égale par la Russie et l'Amérique du Sud, 50 000 tonnes par les Etats-Unis, 30 000 par l'Italie et 12 000 par la France provenant essentiellement du gisement du Cap Corse. A Canari, la mise en chantier de la première partie de l'usine dite 6 000 tonnes est commencée en mars 1948, la mise en service intervient en juin 1949, puis débute la deuxième tranche de travaux permettant de doubler les capacités de l'établissement. Les analyses en laboratoire révèlent une teneur moyenne en amiante estimé à 3 %. Le minéral se présente sous la forme de fibres blanchies verdâtres ou blanches, appelée amiante de serpentine ou chrysotile, car encaissée dans de la roche serpentineuse. Au début des années 1950 près de 170 hommes travaillent à la mine et à l'usine de Canari dont: 34 à l'extraction, 8 au broyage, 57 au traitement, 60 aux services généraux et Il aux bureaux de direction. Avec l'augmentation de la production, ils seront près de 300 dans les années 1950. La production d'environ 6 000 tonnes au début des années 1950, progresse rapidement jusqu'à 12 000 tonnes en 1954, après l'installation de la deuxième partie de l'usine, puis plus de 18 000 tonnes en 1958 et près de 30 000 tonnes en 1961. A ces chiffres il convient d'ajouter les 3 à 6 000 tonnes de poudres et de fibrettes commercialisées pour des produits dérivés. A partir de 1963, le problème de la pollution est soulevé: employés malades, poussières importantes dans les environs immédiats de l'usine, dégradation environnementale. A cela s'ajoutait l'épuisement du gisement. La viabilité de l'exploitation nécessitait la mise en valeur du gisement d'Olmeta du Cap Corse, ce qui demandait un important investissement. Il fallait mettre en place un chemin de fer pour ouvrir le gisement d'Olmeta du Cap Corse, et réaliser d'importants travaux pour mettre l'usine en conformité avec la nouvelle législation. Pour réaliser ces objectifs, le conseil d'administration demande une participation de l'Etat à hauteur de 600 000 F, qui sera refusée. Par ailleurs, la baisse du cours de la fibre, entraîne la décision d'une fermeture, elle à lieu le 12 juin 1965 à 10 heures.

 

Description des travaux : 

 

Localisation : Le site Canari est implanté sur un versant orienté Ouest à fort déniveler, la carrière « X: 571,200-Y : 4282,300; Z : 280 » et les installations s'étalent entre 60 et 500 m d'altitude sur un versant très incliné (30 à 40 degrés) de la route départementale 80 et de la mer Méditerranée, (Lieu-dit Margaritaiu) La partie haute de l'exploitation est occupée par la carrière. Le site est constitué de deux cratères d'exploitation d'une centaine de mètres de diamètre à ciel ouvert formant un vaste amphithéâtre composé d'une dizaine de gradin en étages, un procédé d'exploitation appelé "Glory Hole").
Le procédé d'extraction adopté à Canari est peu fréquent en France, c’est une technique d’exploitation utilisée dans la mine d’amiante de Balangero en Italie et à Asbestos, Québec (Canada) et il semble utile de le signaler.L'exploitation de l’amas serpentineux s'est développée sur le versant d'un massif complexe ou cohabites, « rodingites, serpentines, euphotides », celui-ci très escarpées et descend jusqu'à la mer. La carrière est étagée en gradins horizontaux qui ressemble a une pyramide Aztèque, ils étaient entaillés sur 2,5 m de largeur et 4 m de hauteur, lorsque débuta l’exploitation. Les dimensions des gradins furent agrandis (6mX15m) afin de permettre le passage d’engins plus volumineux. C'est sur ces gradins que se pratiquait l'abattage du minerai à l'explosif. A la partie inférieure de la carrière s'ouvrent côte à côte deux cônes où les gradins circulaires et emboîtés continuent à s'étager, en se rétrécissant en profondeur : ce sont les entonnoirs d'extraction, qui sont distants de 120 m à leur partie la plus basse. Dans leur prolongement s'enfoncent, à la cote 270, deux puits inclinés à -45° qui arrivent à la cote 155 dans une galerie de roulage de 650 m qui débouche à la partie supérieure de l'usine de traitement. Les matériaux étaient alors concassés puis acheminés jusqu'à un silo de stockage situé en amont de l'usine de traitement. Les stériles étaient directement évacués à la mer par un convoyeur passant sous la route départementale. Dans la carrière, perforatrices à air comprimé et wagon drill étaient utilisé pour l’abattage. La roche était dégagée des gradins par des engins Traxcavator Caterpillar et par une pelle mécanique. Les produits étaient ensuite basculés au fond des deux cratères ayant une section de 4m x4m et de 120m de haut, qui communiquent entres eux grâce à des galeries de roulage aboutissant à la cote 155, et à un quai où les blocs étaient chargés dans des wagons d’une capacité de 7 m3. Le chargement s'effectuait au moyen d'un dispositif automatique à air comprimé.
La section
de la voie de roulage est de 3 x 3,40 m. La traction des wagons, à voie normale, était assurée par des motrices Diesel. A cette hauteur un poste de transformation électrique qui était alimenté par une ligne de 30000 Volts amenant le courant depuis une centrale thermique dans la région de Bastia et qui fournissent les 250 moteurs (puissance de 2000 kW), et les deux galeries de roulage circulaires équipées de rails qui permettaient d'acheminer la roche vers les concasseurs. La ou se trouve l'usine de traitement les bâtiments sont imposants, ils occupent une zone totalisant environ 4500m². Accolé dans sa partie haute ou se trouve le silo 10000 tonnes, surplombé par le poste de concassage. Elle fut construite en béton armé etétagés depuis la cote 155 jusqu'à la cote 66 où passe la route départementale 80. Elle laisse dans son voisinage une traînée abrupte de rejets qui tombe dans la mer en contrebas, ils ne passent pas inaperçus, dans le paysage méditerranéen qui les entoure. La section de broyage comprend un concasseur primaire de 150 t à mâchoires, de marque Dragon, suivi de deux chaînes de concasseurs giratoires secondaires et tertiaires. Certaines pièces du concasseur Dragon pèsent 35 t ! Le minerai, calibré sur des tamis en fragments n'excédant pas 30 mm, passait ensuite dans un silo de stockage qui constituait, en cas d'avarie survenant aux broyeurs, un volant de réserves pouvant alimenter l'usine pendant une semaine. Du silo, le minerai passait ensuite dans deux fours rotatifs de séchage longs chacun de 12 m et d'un diamètre de 2,5 m pour l'un et de 2 m pour l'autre. Ils traitaient ensemble 60 t/h. A la sortie des fours le minerai passait sur des "tables canadiennes" où s'opérait le tri des fragments d'amiante : le procédé comprenait trois étages de cribles ventilés, soufflés, où l'amiante était soustraite par aspiration. Des Jumbos à axe horizontal assuraient des concassages complémentaires. L'amiante était ensuite nettoyé dans des bluteries rotatives mises sous dépression, et épuré sur des tamis vibrants, puis ensaché en sacs et transporté par camions sur Bastia.
Les dépôts de l’exploitation sont constitués de débris de composition variable du aux diverses périodes de l'exploitation (terres de découverte, produits stériles, minerai concassé non traité, rebuts amiantifères non commercialisables, résidus de traitement). En bordure de la RD 80 le bâtiment principal qui sert en partie d'appui au cône nord et quelques ouvrages connexes présentent des signes importants d'instabilité. Le tout est étalé à flanc de montagne, en bordure de mer sur un axe N-S subparallèle à la côte et pour une dénivelée totale de 460 m. La carrière de Canari a été exploitée industriellement de 1941 à 1965 puis laissée quasiment à l'abandon depuis. L'étude du BRGM réalisée en 1977 évalue la production totale du site de Canari à environ 300000 tonnes de fibres extraites entre 1947 et 1965.

Minéraux :

La zone a rodingite a permit depuis des décennies aux minéralogistes de faire des recherches et d’y découvrir une diversité et un nombre incroyable d’espèces minérales, dont certaines jamais identifiés dans notre pays, ce qui fait de Canari un site très important pour la minéralogie de la Corse. La Corse qui malheureusement est pauvre en minéraux rares, personnellement j’ai pu découvrir plus d’une vingtaine de minéraux différents, il serait dommage pour la science et la Corse, que l’accès aux sites minéralogiques soit interdit (secteur  a rodingite de la carrière).

Actinote, Albite, Apatite, Aragonite, Awaruite, Calcite, Chlorite, Clinochlore, Clinozoïsite, Diopside, Epidote, Grossulaire, Gypse, Magnétite, Pentlandite, Préhnite, Pyrite, Titanite, Trémolite, Uvarovite (var. de Grossulaire chromifère), Vésuvianite, Wollastonite, Zoïsite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Clinozoïsite sur  Albite

 

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commentaires

shamballa-street 19/07/2014 20:51

j'apprécie votre érudition et sensible à la corse par mes origines. Encore merci et pace e salute

mica 26/07/2009 14:55

felicitations pour votre travail. votre article est très riche ainsi que votre site. toutefois, j'aimerai beaucoup pouvoir voir en grande taille les petits schemas de la page.